
Un biais cognitif est un écart systématique de jugement : un raccourci mental qui nous fait percevoir, décider ou mémoriser de travers, sans qu'on s'en rende compte.
La cartographie de référence vient de Daniel Kahneman et Amos Tversky, dont les travaux sur les heuristiques et biais (années 1970), synthétisés dans Thinking, Fast and Slow (2011), distinguent deux régimes de pensée : un Système 1 rapide, intuitif, automatique, et un Système 2 lent, analytique, coûteux. La plupart de nos décisions reposent sur le Système 1, donc sur des raccourcis, donc sur des biais : ancrage, confirmation, disponibilité, aversion à la perte.
Pour le design, ce savoir est à double tranchant. D'un côté, il aide à concevoir des interfaces qui allègent la charge mentale et accompagnent la décision : c'est le nudge de Thaler et Sunstein (Nudge, 2008), un choix par défaut bien posé, une information au bon moment. De l'autre, exactement les mêmes leviers servent à exploiter ces biais contre l'utilisateur : urgence factice, rareté simulée, ancrage trompeur. C'est la ligne, fine, entre aider et exploiter.
Et il y a un second piège, plus discret : le concepteur a ses propres biais. Le biais de confirmation lui fait voir dans un test ce qu'il espérait ; l'effet de halo lui fait surestimer une idée séduisante. Connaître les biais des utilisateurs ne suffit pas ; il faut se méfier des siens.
Notre principe : utiliser la connaissance des biais pour alléger la décision de l'usager, jamais pour la confisquer. Un bon défaut aide ; un défaut piégé trahit. Et côté méthode, nous opposons aux biais du concepteur le seul antidote fiable : le terrain et le test, qui ont le droit de nous donner tort.
Ce qui se joue ailleurs : la cognition, l'attention, les dark patterns (l'exploitation des biais), le data-driven design (les biais de lecture des chiffres) et l'affordance.
Références : D. Kahneman & A. Tversky, heuristiques et biais ; D. Kahneman, Thinking, Fast and Slow (2011) ; R. Thaler & C. Sunstein, Nudge (2008).

Rémi
Gréau
Directeur du design
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