
Un dark pattern (ou deceptive pattern) est une interface conçue pour pousser l'utilisateur à faire un choix qu'il n'aurait pas fait s'il avait vu clair : s'abonner, partager, payer, accepter.
Le terme est forgé en 2010 par le designer Harry Brignull, qui en tient depuis le catalogue (deceptive.design). On y reconnaît des figures devenues familières : le confirmshaming (« Non merci, je préfère payer plein tarif »), le roach motel (facile de s'inscrire, pénible de se désinscrire), les coûts cachés révélés au dernier écran, le consentement arraché par une interface délibérément déséquilibrée.
Ce ne sont pas des accidents. Un dark pattern est le produit d'un conflit d'objectifs : ce qui sert l'entreprise (conversion, rétention, données) n'est pas ce qui sert l'utilisateur. Quand on optimise une interface sur la seule conversion, le design glisse mécaniquement de l'aide vers la contrainte, souvent sans que personne ne l'ait décidé explicitement.
C'est la même mécanique que l'affordance, retournée. Guider, c'est mettre la forme au service de l'intention de l'utilisateur ; manipuler, c'est la mettre au service d'une autre intention, en exploitant ses biais et sa fatigue attentionnelle. La frontière n'est pas technique, elle tient dans la réponse à une question : qui gagne quand l'utilisateur clique ?
Le droit a fini par s'en mêler. Le RGPD encadre le consentement « libre et éclairé » ; le Digital Services Act européen (2022) interdit explicitement les dark patterns sur les grandes plateformes ; plusieurs régulateurs, dont la CNIL et la FTC américaine, sanctionnent les designs trompeurs. Le signal est clair : la manipulation par l'interface n'est plus un coût gratuit.
Notre position : la performance d'un design ne se mesure pas à ce qu'il fait cliquer, mais à ce qu'il permet de décider. Un service qui piège son utilisateur gagne une conversion et perd une relation. Concevoir loyalement n'est pas seulement une exigence éthique, c'est une stratégie de confiance, donc de durée.
Ce qui se joue ailleurs : l'affordance (la même grammaire, à l'endroit), l'attention et les biais cognitifs (ce que les dark patterns exploitent), l'acceptabilité (la limite côté usager), l'éthique du design et la confiance.
Références : H. Brignull, deceptive patterns (2010) ; Règlement européen Digital Services Act (2022) ; RGPD, exigences de consentement.

Rémi
Gréau
Directeur du design
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