
L'attention est la ressource cognitive limitée que nous allouons à ce que nous percevons et faisons. En design, c'est ce qui décide de ce qui sera vu, compris, ou ignoré.
Le cadre a été posé par Herbert Simon dès 1971, dans une phrase devenue prophétique : « une abondance d'information crée une rareté de l'attention ». À mesure que l'information explose, l'attention devient le vrai bien rare, et donc l'objet d'une économie. Tout un pan du design numérique s'est construit pour la capter : notifications, défilement infini, lecture automatique, récompenses variables.
D'où une tension morale au cœur du métier. Capter l'attention est facile et rentable : il suffit d'exploiter nos réflexes. La respecter est plus exigeant : aider la personne à faire ce qu'elle est venue faire, puis la laisser partir. Le designer Tristan Harris a popularisé cette critique (Time Well Spent) : trop d'interfaces sont optimisées pour le temps passé, pas pour le temps bien employé. Capter et respecter tirent dans des directions opposées.
Ce n'est pas une question de fonctionnalités, mais d'intention. La même notification peut rendre service (un rappel utile) ou parasiter (une relance pour rouvrir l'application). L'attention captée contre la volonté de l'usager est un emprunt qu'on ne rembourse pas, et qui se paie en confiance.
Notre principe : concevoir pour l'attention de l'usager, pas contre elle. Un bon design aide à se concentrer sur l'essentiel, puis s'efface. La performance ne se mesure pas au temps capté, mais au but atteint sans parasitage.
Ce qui se joue ailleurs : les dark patterns (l'attention captée), les biais cognitifs, la cognition et la charge cognitive, l'affordance et l'éthique du design.
Références : H. Simon, « a wealth of information creates a poverty of attention » (1971) ; T. Harris, Time Well Spent.

Rémi
Gréau
Directeur du design
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