
L'ethnographie, en design, c'est l'étude des usages réels par l'observation directe et l'immersion : aller voir ce que les gens font dans leur contexte, plutôt que leur demander ce qu'ils font.
La méthode vient de l'anthropologie, où Bronisław Malinowski impose au début du XXe siècle l'observation participante : vivre parmi ceux qu'on étudie pour comprendre de l'intérieur. Le design s'en empare via la contextual inquiry, formalisée par Hugh Beyer et Karen Holtzblatt (1998) : observer l'utilisateur sur son lieu d'usage, dans ses gestes réels.
Car il existe un écart tenace entre ce que les gens disent et ce qu'ils font. Non par malhonnêteté : nous rationalisons après coup, nous oublions nos contournements, nous décrivons la règle plutôt que la pratique. Un utilisateur affirmera suivre la procédure ; l'observation révèle les raccourcis qu'il a inventés pour que ça marche vraiment. L'ethnographie va chercher ce que l'entretien seul ne livre jamais.
Elle a ses propres pièges, qu'il faut tenir : la présence de l'observateur modifie le comportement observé (l'effet Hawthorne), et le regard n'est jamais neutre. D'où la discipline : rester longtemps, croiser les sources, distinguer ce qu'on voit de ce qu'on interprète.
C'est le fondement de notre approche par les usages réels. Nous n'auditons pas un service depuis une salle de réunion : nous allons sur le terrain, aux urgences, au guichet, dans l'atelier, observer les gestes, les frictions, les bricolages. Les signaux faibles qui font basculer un projet ne se déclarent pas en entretien ; ils se voient. Concevoir juste commence par regarder vraiment.
Ce qui se joue ailleurs : l'empathie (et le risque de projeter), les insights (ce que l'observation fait remonter), le contexte, la cartographie des irritants et le design centré sur l'humain.
Références : B. Malinowski, observation participante ; H. Beyer & K. Holtzblatt, Contextual Design (1998) ; effet Hawthorne.

Rémi
Gréau
Directeur du design
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