Design systémique : penser le système, pas le symptôme

Design systémique : penser le système, pas le symptôme

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Le design systémique conçoit produits, services et organisations à l'échelle du système entier : ses acteurs, ses flux, ses interdépendances, au lieu de traiter chaque problème isolément.

Penser en systèmes n'est pas une métaphore, c'est une discipline. Donella Meadows l'a formalisée dans Thinking in Systems (2008) : un système est un ensemble d'éléments reliés par des flux et des boucles de rétroaction, dont le comportement émerge des relations, pas des parties. Déplacer un élément réorganise l'équilibre ailleurs. De là ce constat qui fonde notre métier : un symptôme n'est presque jamais sa propre cause.

Le design hérite aussi de Horst Rittel et Melvin Webber, qui nommaient en 1973 les wicked problems : ces problèmes mal structurés, sans formulation stable ni solution définitive, où chaque tentative redéfinit le problème lui-même. Une file d'attente, un taux de non-recours, un turnover : autant de nœuds systémiques qu'aucun guichet supplémentaire ne résout. Et Bruno Latour, dont nous tirons notre nom, rappelle que le système est peuplé d'actants, humains et non-humains : un formulaire, une règle, un logiciel agissent autant qu'une personne.

La difficulté, c'est que plus on cartographie, plus on voit d'interdépendances, et plus le risque de paralysie grandit. Tout est lié, donc rien n'est simple. C'est ici qu'intervient la simplexité, ce mot qu'Alain Berthoz emploie (La Simplexité, 2009) pour décrire les solutions que le vivant invente afin d'agir vite et juste dans un monde complexe, sans le nier. Concevoir de façon systémique, ce n'est pas ajouter de la complexité à la complexité ; c'est trouver la forme simple qui respecte le réel sans le mutiler.

Concrètement, nous procédons par couches : une cartographie systémique pour rendre visibles acteurs et flux ; une analyse des parties prenantes pour comprendre intérêts et tensions ; le repérage des points de levier, ces endroits où une petite action produit un grand effet ; puis la co-conception avec ceux qui font vivre le système. La solution n'émerge pas d'un cerveau isolé : elle se construit dans le dialogue entre métiers, terrain et stratégie.

Notre posture par défaut tient en une phrase : nous ne dessinons pas une solution isolée, nous transformons un système pour qu'il produise, durablement, de meilleurs usages.

Ce qui se joue ailleurs : l'écosystème (le système vu comme réseau d'acteurs), le design de service (le système rendu vivable côté usage), le design de transition (le système qu'on fait bouger dans le temps), les parties prenantes, l'exploration stratégique et les boucles de rétroaction.

Références : D. Meadows, Thinking in Systems (2008) · H. Rittel & M. Webber, « Dilemmas in a General Theory of Planning » (1973) · B. Latour, théorie de l'acteur-réseau · A. Berthoz, La Simplexité (2009).

Portrait of Rémi Greau

Rémi

Gréau

Directeur du design