
Le design génératif confie la production de formes ou de solutions à un système (algorithme, modèle paramétrique, IA) à partir d'objectifs et de contraintes définis par le concepteur, qui choisit ensuite parmi les résultats.
L'idée précède l'IA actuelle. Dès les années 1960, l'art génératif (Sol LeWitt et ses instructions, plus tard les algorithmes de Karl Sims) pose qu'on peut concevoir un processus plutôt qu'un objet. Le design paramétrique l'a industrialisé en architecture et en ingénierie : on définit des règles, la machine explore l'espace des formes possibles. L'IA générative étend cela au texte, à l'image, à l'interface.
Le déplacement est vertigineux : si la machine produit, qui est l'auteur ? Le concepteur ne dessine plus le résultat, il dessine les conditions du résultat, l'objectif, les contraintes, les exemples, puis il trie. Son geste se déplace de la production vers l'intention et le jugement. C'est moins une perte de contrôle qu'un changement de point d'application : on ne contrôle plus la forme, on oriente une génération.
Deux écueils. D'abord l'homogénéisation : un modèle entraîné sur le passé regénère le déjà-vu, et la facilité produit du « moyen » à grande échelle. Ensuite la dilution de l'intention : générer mille options ne dispense pas de savoir laquelle, et pourquoi. La valeur fuit vers ce que la machine fait mal : le sens, le contexte, le parti pris.
Notre usage : le génératif pour explorer vite et large, jamais pour décider à notre place. Nous gardons la main sur l'intention et le tri, ancrés dans l'usage réel. La machine propose ; nous restons responsables de ce qui est retenu, et de pourquoi.
Ce qui se joue ailleurs : l'intelligence artificielle dans la conception, le double diamant (diverger et converger à l'ère de l'IA), la créativité, le data-driven design et l'idéation.
Références : art génératif (S. LeWitt, K. Sims) ; design paramétrique ; essor de l'IA générative.

Rémi
Gréau
Directeur du design
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