
L'idéation est la phase de production d'idées : générer un maximum de pistes, largement et sans filtre, avant de sélectionner les plus prometteuses.
La référence fondatrice est Alex Osborn, publicitaire qui formalise le brainstorming dans Applied Imagination (1953) autour de deux règles : différer le jugement, et viser la quantité (« la quantité engendre la qualité »). L'idée est libératrice : séparer le temps de créer du temps de critiquer, pour que la peur du ridicule n'étouffe pas les pistes neuves.
Mais la recherche a nuancé le mythe. Dès 1987, les psychologues Diehl et Stroebe montrent que le brainstorming en groupe produit souvent moins d'idées, et de moins bonnes, que le même nombre de personnes travaillant séparément : on s'attend les uns les autres (le production blocking), on se censure, quelques voix dominent. La divergence collective, tant célébrée, est en réalité fragile.
D'où des correctifs efficaces : faire produire d'abord en silence et par écrit (le brainwriting), puis mettre en commun ; alterner solo et collectif ; et surtout, ne jamais oublier que diverger n'a de sens que pour converger. Cent idées ne valent rien sans le courage d'en abandonner quatre-vingt-dix-neuf.
Notre pratique : l'idéation n'est pas un concours de post-it, c'est un dispositif. Nous cadrons la divergence (une bonne question d'idéation vaut mille idées floues), nous protégeons la production individuelle avant le collectif, et nous outillons la convergence avec des critères explicites : désirabilité, faisabilité, viabilité. Produire des idées est facile ; choisir est le vrai travail.
Ce qui se joue ailleurs : le double diamant (diverger puis converger), la créativité, les biais cognitifs (ce qui fausse le jugement collectif), le design thinking et le prototypage (où l'idée se confronte au réel).
Références : A. Osborn, Applied Imagination (1953) ; M. Diehl & W. Stroebe, recherche sur le brainstorming (1987).

Rémi
Gréau
Directeur du design
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