
Le design de produit conçoit des objets, physiques ou numériques, en articulant leur forme, leur fonction, leur fabrication et leur usage : un produit utile, désirable, et possible à produire.
La discipline naît avec l'ère industrielle et de grandes figures, Raymond Loewy, qui « streamline » l'Amérique, puis Dieter Rams chez Braun, dont la rigueur fonctionnaliste inspire encore. Longtemps, le design de produit a porté sur l'objet : sa silhouette, ses matériaux, son ergonomie.
Mais une bascule s'est opérée. Theodore Levitt la résumait d'une phrase fameuse : « les gens ne veulent pas une perceuse, ils veulent un trou ». L'objet n'est qu'un moyen ; ce qui compte, c'est le résultat qu'il permet. Cette idée a fait passer le centre de gravité de l'objet vers l'usage, jusqu'aux systèmes produit-service : le vélo en libre-service plutôt que le vélo possédé, l'abonnement plutôt que l'achat. Concevoir un bon produit ne suffit plus si l'usage autour, livraison, réparation, fin de vie, est défaillant.
Le risque inverse existe aussi : à force de penser « usage » et « service », on néglige la qualité de l'objet lui-même, sa robustesse, sa matérialité, le plaisir de la main. L'objet n'a pas disparu ; il s'inscrit désormais dans un système d'usage.
Notre conviction : un produit se conçoit à la fois comme objet et comme usage. La forme et la matière comptent, mais elles ne valent que par ce qu'elles permettent de faire, dans la durée et dans le système réel où l'objet vit. Le bon produit est celui qui tient sa promesse une fois entre les mains, et au-delà.
Ce qui se joue ailleurs : le design de service (l'usage au-delà de l'objet), la matérialité, la désirabilité, la durabilité et l'utilité.
Références : R. Loewy et D. Rams, design industriel ; T. Levitt, « les gens veulent un trou, pas une perceuse ».

Rémi
Gréau
Directeur du design
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