
La durabilité, en design, c'est concevoir en tenant compte des effets d'un produit ou d'un service sur le long terme : ressources, cycle de vie, impact écologique et social, au-delà du moment de l'achat ou de l'usage.
La conscience est ancienne. Dès 1971, Victor Papanek (Design for the Real World) accuse le design de complicité dans le gaspillage et appelle à une responsabilité écologique et sociale. McDonough et Braungart (Cradle to Cradle, 2002) renversent la logique : ne pas « faire moins de mal », mais concevoir des cycles où les matériaux se régénèrent, l'économie circulaire en germe.
Le design vit pourtant une contradiction structurelle. Une grande part de son énergie sert à rendre les choses désirables, donc à faire consommer, parfois à programmer l'obsolescence. La durabilité tire dans l'autre sens : faire durer, réparer, viser la sobriété. Concevoir un objet qu'on garde dix ans s'oppose frontalement à un modèle qui vit du renouvellement. Le designer est au cœur de cette tension entre le désir d'aujourd'hui et la planète de demain.
D'où le piège du greenwashing : afficher la vertu sans changer le système. Et l'effet rebond : un produit plus efficient peut augmenter la consommation totale. La durabilité sérieuse ne se règle pas par un logo vert ; elle se joue dans le modèle, les matériaux, l'analyse du cycle de vie, et parfois dans le courage de concevoir moins.
Notre lecture est systémique : la durabilité n'est pas une option de fin de projet, c'est un critère de conception au même titre que la désirabilité, à arbitrer dès l'amont. Concevoir pour l'usage réel inclut l'usage dans le temps long, et l'empreinte qu'il laisse.
Ce qui se joue ailleurs : l'analyse du cycle de vie, le design de transition, la matérialité, le design systémique et la désirabilité (la tension avec elle).
Références : V. Papanek, Design for the Real World (1971) ; W. McDonough & M. Braungart, Cradle to Cradle (2002) ; économie circulaire.

Rémi
Gréau
Directeur du design
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